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« O gentilshommes, la vie est courte, si nous vivons, nous vivons pour marcher sur la tête des rois. »

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Pourquoi l’Appel est une impasse – Compte rendu d’un groupe de lecture impossible

mardi 3 mars 2020

Avant-propos

Dans le cadre du groupe de lecture proposé par la bibliothèque Les Fleurs arctiques, nous avions prévu une lecture collective et commentée de l’Appel. Nous voici donc une dizaine d’âges et d’expériences divers, prêts à échanger autour de ce texte, comme nous le faisons de façon hebdomadaire autour de textes d’intérêt et de facture très divers depuis maintenant plusieurs années. Il nous faut peu de temps pour nous rendre compte que d’une part nous tournons en rond tellement ce qu’il y a à dire de ce texte est avant tout une affaire de forme, qui reste au fond toujours la même, et d’autre part nous percevons à quel point prendre au sérieux ce texte comme nous avons l’habitude de le faire pour d’autres, c’est déjà s’y soumettre, puisque c’est avant tout un texte qui asservit, qui enrôle, qui embrigade. Pour le reste, bien peu à se mettre sous la dent. Alors nous mettons fin à l’expérience, et, pour la première fois, un projet de lecture tourne court, et voici le comment du pourquoi de ce groupe de lecture impossible.

«  Ô toi qui entre ici, abandonne toute espérance  »
Dante, Divine Comédie, l’Enfer, chant III.
Le piège persuasif

Nous ne sommes pas, ou pas tous, ou pas toujours, a fortiori depuis que nous avons quitté l’école, de bons élèves. L’impatience, l’ennui ou la colère peuvent rendre impossible la discipline de l’attention à laquelle nous savons pourtant nous appliquer pour ce qui nous passionne ou au moins nous intéresse. Pourtant, là, face à ce que devient aujourd’hui la proposition politique lancée par ce petit opuscule en 2003 (comme ON lance un produit ou une patente politique), nous avons décidé de nous contraindre à la lecture sage et studieuse du petit livre marron intitulé Appel, alors même qu’à sa sortie il nous tombait déjà des mains. Nous nous y sommes mis comme à un devoir d’école, histoire d’enfin lui accorder l’attention nécessaire pour comprendre ce qui en lui peut séduire, et, comme à l’école, pour espérer enfin ne plus en entendre jamais parler. Il s’agissait pour nous «  d’éclairer le texte, ses mots, ses manières d’affirmer, sa rhétorique persuasive en somme, par la réalité qui s’est agrégée à partir de lui.  » [1] Nous considérions donc que  : « alors que la proposition politique qu’il a ouvert est arrivée à une sorte de point de maturité (qu’ils parviennent à exister politiquement à gauche de la gauche ou qu’ils échouent, à partir de maintenant la voie est tracée…), [c’était] le moment de revenir à ce petit livre et de le lire ensemble aujourd’hui.  » [2] L’hypothèse que  : «  la confrontation entre la réalité de ce que cette proposition est devenue et la manière dont elle s’est énoncée au départ permettra peut-être de comprendre comment a opéré la séduction et d’analyser ce qui s’est dit au regard de ce qui en est fait  » [3] nous semblait donc mériter d’être explorée.

Nous voilà attablés pour ce mauvais quart d’heure, fermement décidés à nous appliquer, à traverser l’impatience, l’ennui et la colère, et à en finir. Nous lisons. «  Proposition I. Rien ne manque au triomphe de la civilisation, etc. nia nia nia. Nous sommes de ceux qui s’organisent  ». OK, on s’en souvenait, c’est prétentieux, péremptoire, juste et faux à la fois puisque, pour chaque assertion qu’on nous assène, le contraire marche aussi bien  : «  le désert ne peut plus s’approfondir, il ne peut que croître, nous sommes de ceux qui triomphent, rien ne manque à l’organisation de la stérilité universelle  ».

En mauvais élèves lassés, on commence à se perdre dans des jeux de distorsions oulipiennes. L’impatience pointe. Puis dès la première «  Scolie  », ce sera l’ennui. Et, avec une affirmation comme celle-ci  : «  nous ne prendrons pas la peine de démontrer, d’argumenter, de convaincre. Nous irons à l’évidence. L’évidence n’est pas d’abord affaire de logique, de raisonnement. Elle est du côté du sensible, du côté des mondes. Chaque monde a ses évidences  » viendra, très vite, la colère. Colère du sérieux qu’a pris au fil du temps cette bouffonnerie de potache à la sauce situationniste. Colère de se retrouver à donner du sens à ce qui littéralement n’en a pas, mais qui compte malgré cela sur des lecteurs séduits pour lui en donner, colère face aux désastres humains que cette proposition politique a causé depuis que quelques intellectuels en mal de pratiques confrontatives, de puissance, mais surtout de pouvoir, ont concocté ce texte. Colère de l’espace que prend cette proposition politique désormais, maintenant qu’elle s’est instituée en vitrine d’une certaine radicalité, tout en cherchant une place quelque part à la gauche… de la droite (trop de désert et pas assez de pouvoir à la gauche de la gauche), en tant qu’interlocuteur légitime des pouvoirs locaux et nationaux. Colère des barbouzeries qui l’accompagnent désormais [4].

C’est un échec, notre groupe de lecture sur l’Appel. Zéro de conduite, avertissement travail, manque d’attention, attitude à revoir, comme à l’école. N’est pas bon élève de l’Appel qui veut. Alors nous avons cessé de lire de cette manière-là, et nous avons décidé de tourner toute notre attention vers cet effet de contre-séduction. Parce que le risque est bien là  : quand ON choisit de ne prendre la peine ni de démontrer, ni d’argumenter, ni de convaincre [5], ON s’adonne à la pire des rhétoriques, celle de la persuasion complaisante, de la communication publicitaire qui manipule les affects, et soit ON séduit, soit ON dégoûte. Nous sommes de ceux que cette prose, et ce qui en découle, dégoûte.

On a compris le refus (par défaut peut-être) de convaincre et le parti-pris explicite d’une rhétorique strictement persuasive (convaincre vs persuader  : lieux communs du bac de français). Pour les antiques, la rhétorique cherche toujours, et dans des proportions variables, à plaire, enseigner et émouvoir. Ici, il s’agit par dessus tout de plaire, et, à cet objectif quasiment commercial, en tout cas marketing, enseigner et émouvoir se retrouvent entièrement asservis.

Au-delà de la possibilité qui s’ouvre ainsi de n’être tenu à rien, comment justifie-t-ON ce refus de convaincre  ? Il s’agit de se dégager des contraintes du raisonnement, ce qui est présenté comme un chemin vers la sortie de ce monde, tout au long duquel le lecteur devra suivre son guide avec confiance (comme Dante avec Virgile), ou avec foi (comme les Juifs s’évadant d’Égypte avec Moïse, ou Moïse avec Dieu), puisqu’ON commence par exiger de lui qu’il abandonne de penser par lui-même. Comme une variation de ce qui est écrit sur les portes de l’Enfer de Dante  : Ô toi qui entre ici, toi qui a répondu à l’Appel, abandonne toute rationalité  ! Pour ce qui est de l’espoir, confie-toi à ce livre qui en cernera les contours, dispensera espérances et désespoir avec la sagacité de qui cherche à enchaîner celui à qui il s’adresse. C’est un bon début de propagande sectaire. Maintenant, quinze années plus tard, que la secte est constituée, et ses sectateurs biens au chaud dans leurs petits clochers, il ne reste désormais plus rien à faire pour asseoir sa toute-puissance interne et propager à l’extérieur la parole révélée. Abandonner le sens à la rhétorique, préférer le sens de la formule à la recherche de la vérité sont des étapes essentielles à la constitution d’une paroisse. Comme une vérité révélée, cet Appel n’est pas un appel «  à…  », ou un appel «  aux…  », mais l’Appel, probablement rédigé par le Dieu de la subversion lui-même, à l’attention de ses fidèles.

Cet abandon quasi-religieux (a minima mystique) de la capacité raisonnante est exigé du lecteur au nom de deux valeurs érigées en horizon de toute attente  : le sensible et la révélation. Le sensible, d’abord, présenté comme condition de possibilité de la «  communication  ». C’est à partir d’un sensible déjà commun, d’emblée discriminant, qu’ON peut se parler et se comprendre. A chaque bande son monde et son sensible. Si tu me lis, c’est que tu es déjà entré dans la mienne. Attention, la porte s’est refermée derrière toi, à partir du moment où tu as laissé abolir ta faculté de juger. Voilà comment le «  nous  » (de la subversion promise) qu’ON aime à opposer au ON (du pouvoir), se constitue dès le départ dans un effet de chantage. Le sensible est le lieu de l’évidence, que l’on partage immédiatement, ou pas. Et si on ne la partage pas, on est des blooms. C’est une variation de «  avec ou contre nous  ».

Cette évidence prend également la forme d’une révélation, deuxième valeur qui vient remplacer le raisonnement. Lire ce texte, c’est accueillir la révélation, l’évidence énoncée. C’est un acte de foi. On est donc averti dès le départ  : pas de place ici pour la réflexion, le doute ou la nuance, il s’agit d’y croire. Ce statut que se donne le texte est amplifié par la rhétorique du désastre et de la salvation, qui fait ritournelle (on y reviendra)  : «  nous sommes nés dans la catastrophe  », s’en libérer est un acte de communion  : «  nous avons commencé  ». A partir de là, la révélation devient oracle, assénée avec les anaphores et répétitions de rigueur, et s’en suit la révélation d’un «  programme révolutionnaire  » qui porte en germe, déjà, la possibilité de publier les Premières mesures révolutionnaires [i] quelques années plus tard, une fois qu’ON s’est fait «  un nom  ». Le présent de la vérité révélée, l’affirmation permanente dans toutes ces propositions tellement définitives que la négative marche aussi bien, les «  il y a  » , «  c’est…  » et l’abondance de superlatifs ne laissent aucune place à une quelconque liberté de lecture, aucun espace pour poursuivre autrement, bifurquer, laisser vagabonder une pensée que le texte pourrait contribuer à fertiliser plutôt qu’à la figer en paroisse.

Au mépris de toute critique conséquente du Parti, ON hyper-programmatise, au futur. Depuis la revue Tiqqun 2 où ON affirmait «  ceci n’est pas un programme  », ON a vu le buisson ardent sans doute, et maintenant ON sait, et ce n’est même plus un programme, c’est une prophétie. La parole fait annonce du futur radieux promis  : «  c’est ainsi que le Parti se construira, comme une traînée de lieux habitables laissée par chacune des situations d’exception que rencontre l’empire. On ne manquera pas, alors, de constater comme les subjectivités et les collectifs révolutionnaires deviennent moins friables, à mesure qu’ils se donnent un monde  ». Grâce à ce petit livre, ce monde promis à ceux qui se laissent prendre est à portée de main, il tient même dans la poche et sa couleur marron va avec tout.

C’est sur la base de ce refus de prendre la peine de convaincre que se construit l’édifice qui enserre le lecteur dans des injonctions contradictoires. La contradiction n’est un problème que dans le triste monde rationnel, celui par exemple de ces «  subjectivités métropolitaines  » qui «  n’ont pas de monde  » [6]. Dans le monde enchanté que l’Appel fait miroiter à son lecteur, la contradiction fait sans doute épiphanie. La première et la plus frappante des contradictions, c’est celle qui concerne le Parti (dit «  imaginaire  »). L’imaginariser permet de le construire tout en exigeant de le déconstruire, au fil des pages. Un effet de toute-puissance verbale, qui, incarnée par exemple sur la ZAD ne donne rien d’autre qu’un Parti, pas plus imaginaire que la Ligue Communiste Révolutionnaire (actuel NPA) ou feu la Gauche Prolétarienne, avec sa ligne politique, ses militants zélés, sa répression interne et externe… A partir du moment où il faut négocier et réprimer, ON quitte la fantaisie et l’imagination ; la ficelle, le scotch, les battes, les coffres de voiture et les fractures font bien partie du triste monde réel, dans lequel, en bon léniniste, ON ne fait pas d’omelette sans casser des œufs [7].

Autre contradiction de taille  : l’urgence collapsologique du catastrophisme (préfigurant celui, plus actuel, de sectes comme Extinction Rébellion) et la tranquillité du bourgeois. Dans ce texte, on est en permanence jeté dans l’urgence de la catastrophe, mais la salvation s’attend sereinement   : «  nous l’envisageons avec sérénité  » p. 18, mais pourtant p. 32 «  nous avons cessé d’attendre  ». C’est un jeu de colin maillard qui ne marche que parce qu’ON a commencé par mettre un bandeau noir sur les yeux du lecteur, un rapport hypnotique au langage, hors de tout raisonnement. A propos de la science aussi, ON se meut avec aisance dans la contradiction  : page 85, ON nous propose dans un même mouvement sécession et alliance. D’ailleurs, plus généralement, quel que soit le constat que l’époque offre, «  partout des alliances sont possibles  »  : c’est le pragmatisme qui triomphe, l’imaginaire prétendument émancipateur et libertaire de séduction est destitué, le Parti s’institue, doucement mais sûrement.

Le jeu des pronoms et des temps est d’ailleurs aussi pernicieux que dans un manuel de prédication des témoins de Jéhovah  : ON navigue de «  chacun  » à «  nous  », face au «  ON  » de l’autorité impériale. «  Chacun  » est misérable, atomisé, subit le «  ON  » para-complotiste. «  Chacun  » n’a pas encore entendu l’Appel. Une fois l’Appel entendu, c’est le «  nous  » qui advient. ON le fait advenir en l’énonçant comme déjà advenu, puisque, comme dans la Bible (le seul pamphlet a avoir mieux marché que l’Appel ?), le Verbe fait Loi. «  Nous avons commencé  ». C’est une Genèse, la toute-puissance du Verbe. Ce «  nous  » s’auto-institue, comme dans une auto-fiction, en se donnant une biographie imaginaire  : «  nous avons connu […] nous nous souvenons […] nous désertons […] nous avons commencé, etc.  », jusqu’à ce que ce «  nous  » ait pris assez de consistance pour se mettre à affirmer  : «  nous disons que…  », ordonner  : «  il nous faut…  », et prophétiser  : «  c’est ainsi que le Parti se construira  ». Le Parti imaginaire est bien une auto-fiction à laquelle ON nous demande de croire. La fonction religieuse joue à plein  : ON est en train, à quelques-uns, dans une chambre, de créer une église.

Alors voilà pourquoi cette prose nous dégoûte, voilà pourquoi nous avons arrêté de la lire ensemble, refusé de nous laisser piéger, parce que cette prose fait loi et religion, parce qu’elle s’institue dans la toute-puissance du Verbe pour, effectivement, faire monde et pouvoir.
Le reste, ce que ça raconte, est presque anecdotique, au regard du bulldozer rhétorique qui se met en place. Certains d’entre nous étant cependant allés au bout du petit opuscule, voyons donc, une fois identifié ce piège rhétorique grossier, de quoi est fait ce monde que l’Appel promet et instaure dans chacune de ses petites pages et comment il le vend. Nous ne prendrons cependant pas cet assemblage rhétorique au sérieux au point d’en chercher les références philosophiques, de discuter métaphysique critique et critique de la métaphysique, de sous peser l’hégélianisme ou l’heideggerianisme en soi et pour soi du texte (et pourtant, sur cette question spécifique de la reprise et de la validation du militant-philosophe nazi Heidegger comme source d’inspiration révolutionnaire, il y a à dire…), ou encore son «  négrisme  » honteux (de Toni Negri, ex-leader opéraïste italien, puis député, philosophe, inventeur et négociateur de la possibilité de la dissociation sur les cendres du mai rampant italien). Nous irons aussi loin que ce texte nous semble le mériter, ou plutôt aussi loin que ce qui s’est passé pendant la quinzaine d’année qui nous en sépare désormais et les formes que cette proposition politique a pu prendre pendant ce temps nécessitent de le faire.

Misère du bloom, grandeur du conscrit de l’Appel

Tout part du constat, au demeurant partageable, d’une séparation d’avec le monde et d’une difficulté à trouver les mots pour l’exprimer  : «   les mots nous manquent quand nous voulons crier  ». La question de ce qu’ON fait de ce constat pourrait ouvrir toutes les pistes possibles, des plus subversives aux plus réactionnaires. La réponse de l’Appel sera typiquement sectaire  : combler ce manque par un autre monde dont ON nous ouvre ici les portes, et ce évidemment sous une forme préfabriquée et livrée prête à l’emploi. La réassurance de l’arrière-monde religieux en somme, permise par la fumeuse «  théorie des mondes  » déjà travaillée dans Tiqqun, et répondant au sentiment de déréliction de la créature qu’ON a convenablement mis en scène, comme les jésuites mettaient la perspective de l’enfer, des limbes et du purgatoire sous les yeux du petit peuple pour mieux imposer la nécessité de la protection de l’Église. Pour ce qui est des mots, «  qui nous manquent quand nous voulons crier  », l’Appel y pourvoira, en fournissant une sémantique avec des termes empruntés ici ou là mais qui prennent dans ce contexte une signification idiosyncratique (le bloom, la jeune fille, les mondes, les plans de consistance, la destitution, l’Empire, ON, etc.) et même une syntaxe singulière (faite d’affirmations péremptoires, de sentences et de prophéties) ainsi qu’un ensemble d’énoncés, ou de slogans, qui font une des spécificités de cette propagande-là. En revanche, si on questionne les propositions concrètes d’intervention dans ce monde-ci, celui de vous et moi contre lequel il s’agit de se battre, le texte n’a pas à prendre position, puisqu’il choisit délibérément de ne pas se placer dans le champ de la réalité. Il lui suffit pour cela de reconfigurer l’existant de manière à placer le lecteur dans le temps d’après, comme un mauvais scénariste qui après avoir laissé son personnage dans une situation inextricable, commence le chapitre suivant quelque temps plus tard quand il s’en est sorti. Il ne dit pas  : «  nous pensons qu’il faut faire ceci dans tel contexte car la situation est ainsi  ». ON est plutôt dans l’exemplarité de la parabole  : «  nous faisons cela  » ou «  ce sera comme ça  », précédant ainsi la possibilité de, tout simplement, donner des ordres et placer ses pions.

La logique d’ensemble est simple, fonctionnelle si on s’y laisse prendre, et surtout typiquement sectaire  : ON installe l’inquiétude, pour s’instituer en seule réassurance possible. Le caviardage d’un des plans possibles des Pensées de Pascal, en somme, qui est incontestablement aussi, ce qui n’enlève rien à la pertinence du détail des analyses de Pascal qu’on ne retrouvera pas ici, un texte de recrutement (pour le compte des jansénistes)  : «  misère de l’Homme sans Dieu, grandeur de l’Homme avec Dieu  », réapproprié avec mégalomanie comme «  misère de l’Homme sans nous, grandeur de l’Homme avec nous  ». La pensée messianique perd singulièrement de son charme et devient singulièrement dérisoire quand Dieu, c’est soi-même  ! Les Pensées, mais du père Ubu, en quelques sortes…

«  Généraliser l’inquiétude  » [8]

Quoi de plus inquiétant que «  le désert  », dans une époque où règnent effectivement toutes formes de séparation et d’isolement. C’est donc dans le désert «  qui ne peut plus croître (…) mais peut s’approfondir  » (ou «  qui ne peut plus s’approfondir, mais ne peut que croître  », ça marcherait aussi…) qu’ON installe le lecteur dès le début du texte. Désert existentiel, d’abord, sans doute le plus inquiétant effectivement, et désert politique. C’est «  la terreur politique  », «  la misère affective  », «  la stérilité universelle  », «  l’évidence de la catastrophe  », «  le désastre  », «  l’inflation illimitée du contrôle  », «  le gouffre  », «  l’écrasement  », etc. Une rhétorique plus que catastrophiste de type millénariste joue à plein, et c’est d’abord face à la peur du désert qui va nous engloutir qu’on est censé se précipiter sous l’aile rassurante de la communauté proposée. La société démocratique et capitaliste moderne cherche à s’imposer comme un absolu historique, le tableau brossé par l’Appel n’est que le négatif sans fond de cet absolu  : un «  désert  » indiscutable, en bronze massif, venu d’on-ne-sait-où et semblant ne jamais pouvoir s’arrêter. Pourtant, on le sait bien que ce monde ne vient pas de nulle part, ne se perpétue pas sans efforts et qu’il sert à quelque chose de chercher à le comprendre…

Des énoncés qui ne manquent pas de banalité sont mis en scène pour prendre une résonance singulière, une fois le désert installé. ON nous apprend par exemple que le pouvoir s’attache à «  ruiner toute communauté  ». Le constat est déjà contestable, en tout cas dans son assertion exagérément absolue. Tous les pouvoirs ont toujours cherché, au contraire, à s’appuyer sur certaines formes communautaires (religieuses ou autres) pour se maintenir grâce à la solidité de cette forme contraignante qui enserre chacun dans une cohésion interne soumise et pacifiée. Le sous-texte est aussi très pernicieux, puisqu’il suppose une sorte d’âge d’or dans lequel ON (ON a connu la Commune, ON peut bien aussi avoir connu l’Age d’Or et l’Atlantide) s’épanouissait sans État dans des communautés heureuses, comme une sorte de «  communisme primitif  », de Paradise Lost marxo-primitiviste. ON joue donc sur des terreurs d’enfants abandonnés pour faire regretter un paradis dont ON propose immédiatement de retrouver le chemin en prétendant en détenir la clef. Peu importe qu’en terme de raisonnement, ON soit dans un parfait syllogisme qui nous fait accepter en douce que  : parce que le pouvoir sépare tout ce qui était réuni, tout ce qui réunit subvertit le pouvoir. L’Appel souhaite en finir avec l’existentialisme et sa liberté incontrôlable fondée sur l’observation de l’absurde. Rien n’est absurde au Parti qui éclaire de ses lampadaires idéologiques l’obscurité prétendue du monde. L’appelisme est un sophisme.

Le lecteur se retrouve installé aussi dans un désert politique qui prépare évidemment la deuxième partie de la démonstration, celle où, comme tout bon Messie qui se respecte, ON s’instituera en unique possibilité de rédemption. Sur cette question ON se passe de toute analyse historique (ON a déjà dit qu’ON n’avait pas besoin d’arguments…). Des «  faits  » (comme «  le désert avance  ») sont énoncés sans qu’ils ne soient jamais rattachés à des phénomènes ou à des dynamiques qui pourraient aider à les comprendre. ON critique l’activisme, travers dans lequel ON peut faire tomber toutes les propositions potentiellement concurrentes. La critique de l’activisme est bien sûr un poncif  : personne ne pense utile de courir comme un poulet sans tête. Ce que l’Appel lui oppose reste cependant assez vague  : «  [la] libération de toute considération de légalité ou de légitimité  », la «  construction dans toute son épaisseur d’un mouvement révolutionnaire victorieux  » sur le temps long  : une perspective raisonnable en somme, devenir libres et victorieux, pourquoi pas, consensuelle même, pourrait-on dire. Reste à savoir comment, question à laquelle comme depuis le début du texte, la seule réponse donnée reste  : en répondant à l’Appel. Par ailleurs, c’est un lieu commun aussi que la critique de l’activisme ouvre un tapis rouge à toutes les arnaques théoriciennes et programmatistes et autres visions gestionnaires et autoritaires de la révolution. De se prémunir de cela en revanche, il ne sera jamais question… et pour cause, le Parti Imaginaire est déjà prévu comme l’Organisation qui vient.

Le désert est aussi historique et passe par le constat des défaites révolutionnaires. C’est un autre poncif, mais cette évidence-là disparaît derrière la mise en scène de soi comme «  ceux qui ont su voir  », et toujours, la promesse d’un autre monde à portée de main. «  Nous nous souvenons des débuts du mouvement ouvrier  » ouvre le seul (et bref…) passage prenant en compte l’histoire de ce mouvement révolutionnaire (que l’ON nomme ici, en bons travaillistes, le «  mouvement ouvrier  ») à propos duquel ON multiplie les avis et opinions péremptoires. ON établit une distinction entre le mouvement américain (où l’organisation aurait coïncidé avec la criminalité  : le vol, le sabotage, etc.) et le mouvement européen (où stratégie et auto-organisation se seraient scindées en syndicalisme et en coopératisme, ce qui serait à l’origine de la pacification de la contestation, incarnée dans la forme de la gauche). Dans une simplification très discutable, les formes de communautés recréées «  en-dehors  » du pouvoir (mais cela existe-t-il ?) sont associées directement à l’auto-organisation (voilà comment la légalisation de la ZAD de Notre dame des Landes peut passer pour le parachèvement de la révolution au XXIe siècle). La lecture idéologique de l’histoire du «  mouvement ouvrier  » entreprise par l’Appel se résume donc à distinguer les pratiques «  criminelles  » des pratiques «  légalistes  » ; ce qui n’aide pas beaucoup à comprendre la complexité historique des deux derniers siècles, ni les raisons des aléas dudit mouvement. Mais pas besoin de regarder derrière quand ON est aussi sûr de soi dans la direction à prendre. Et puis, une fois la bipartition ainsi simplifiée, de ce «  mouvement ouvrier  » dont ON se souvient si bien et dont ON maîtrise cyniquement (et imaginairement) toutes les complexités (rien ne NOUS étonne, ni du passé, ni du présent, ni du futur…), ON ne gardera que «  les pratiques criminelles  » (voilà pour la belle pose). Alors bien sûr ON n’oublie jamais d’être radical, alors ON radiculise tout comme des jardiniers, en terme de posture, s’entend. ON critique les formes les moins confrontatives qui traversent les luttes, ON «  se libère de toutes considérations de légalité et de légitimité  », ON a compris que les revendications sont un des moyens par lesquels le pouvoir siphonne ce qu’il y a de révolutionnaire dans un mouvement, en le faisant parler dans ses termes, alors que là c’est justement dans les termes de l’Appel qu’ON veut qu’il parle, ce qui suffirait sans doute à le sauver de toute tentation réformiste. Et c’est peut-être là qu’ON peut accorder quelque chose de visionnaire à ce texte et comprendre comment il a pu (et peut encore  ?) séduire  : il se retrouve, 20 ans plus tard, en phase avec cette recherche de radicalité posturale compatible avec tous les opportunismes, qui donne la fertilité délétère du terreau sur lequel cette proposition politique s’implante.

Le style qui s’assume comme vague, émotionnel et constatatif permet de masquer l’absence de réelles prises de positions du texte sur des questions qui sont, depuis toujours, travaillées par le mouvement révolutionnaire et qui ont donc une histoire la plupart du temps polémique, des implications pratiques et théoriques, etc. ON fait table rase de toute cette richesse en prétendant inventer la posture révolutionnaire depuis un néant fictif, et ON devient ainsi providentiels.

Le lecteur, ainsi plongé dans l’eau bouillante de l’inquiétude, ressortira un escargot tout chaud prêt à rejoindre un des «  foyers de désertion, pôles de sécession, points de ralliement (…) un ensemble de lieux où se soustraire à l’empire d’une civilisation qui va au gouffre  » encore alors imaginaires (la parole fait advenir comme existant, et force le réel à se soumettre à ses projection, comme chez l’enfant), qui vont effectivement se mettre en place, à Tarnac d’abord, aux environs de plusieurs «  métropoles  » (qu’ON abhorre bien évidemment), ensuite. Les «  pôles de sécession  » sont plutôt au départ de l’ordre de la maison de campagne qu’ON retape entre «  amis  » décroissants, alternos et néo-ruraux, mais enchanter le réel, c’est un des moyens de faire croire qu’ON le transforme… et de recruter.

Proposer la réassurance  : le Messie  ? C’est moi  !

C’est le même mouvement qui plonge dans l’inquiétude et fournit la voie pour en sortir. Répondre à l’Appel, adhérer à la «  la communauté  » va repeupler immédiatement le désert qui vient de se creuser, et faire talisman contre le désastre. C’est l’immédiateté qui est ici remarquable. ON a méprisé le «  mouvement ouvrier  » dans son ensemble, les «  activistes  » qui se démènent pour rien, et là, sans effort, ON guérit tous les maux qu’ON a promis, comme un comprimé bio magique qui laverait de tous les effets indésirables d’une chimiothérapie. C’est la magie de la rédemption. Une oasis dans le désert, à portée de main. La créature doit être inquiétée et dans un même mouvement rassurée à condition qu’elle choisisse le bon chemin. Et qui d’autre qu’une figure réellement messianique est ainsi en mesure d’apporter la lucidité sur le désastre en même temps que le chemin pour en sortir  ? Ce «  nous  » du «  nous avons commencé  », s’auto-institue comme puissance salvatrice, existant avant même de commencer à consister, avant que quoi que ce soit d’autre que ce texte ne se manifeste. L’épiphanie verbale suffit. C’est ce nous que l’on a l’opportunité par cette lecture de rejoindre dans l’ailleurs où il a «  commencé  »  : «  Nous aurions aimé, dans notre désaffiliation, avoir un endroit à rallier, un parti à prendre, une direction à emprunter  ». Parti, endroit, direction, voilà en peu de mots les «  formes de vie  » qu’ON nous promet.

Car la rédemption est d’abord verbale. ON croise des promesses de rédemption existentielle (changer de «  forme de vie  ») avec la promesse d’une confrontation d’ordre révolutionnaire et planétaire («  ces formes de vie nouvelles seront aussi ’’des formes de lutte’’  »). L’évidence agit à plein et satisfait très immédiatement comme un hamburger palatable, puisque les questionnements et réflexions, les contradictions que ces propositions pourraient ouvrir (et ce serait le plus intéressant qu’elles puissent faire…) se retrouvent balayées par la magie de la révélation, le Verbe devient solution suffisante à l’angoisse dans laquelle il plonge et satisfaction du désir qu’il ouvre. Le Verbe fait Vérité, Action. Appliqué au triste monde réel, il finira rapidement par faire Loi, Contrôle, Répression et État.

Le chemin proposé est celui de la «  sécession  », du vertigineux vortex qui nous déplace sur place, de la séparation de ce monde qui sépare, de la désertion du désert. C’est une sorte d’inversion post-post-moderne du stigmate  : désertons le désert parce qu’il avance, ou de fausse tautologie  : séparons nous de ce qui sépare pour être ensemble. L’objectif est énoncé clairement dès le début du texte  : rassembler «  ceux qui s’organisent  » et relier, comme toutes les religions (du latin religare), faire société, faire communauté. Le flou est complet quant aux bases sur lesquelles ce rassemblement doit s’opérer et d’ailleurs la question semble déjà superflue puisque ceux qui se rassemblent s’organisent déjà. Des précisions contradictoires s’ajoutent, avec l’enjeu assez clair de contenter les aspirations les plus diverses car il faut couvrir le plus de part de marché possible, et comme tout ça reste très vague et purement verbal, ON n’est plus tenu à aucune cohérence. Tout un chacun qui lit doit être client potentiel de la proposition  : l’Appel est inclusif, si l’on veut. C’est à dire que plusieurs soupes aux parfums contradictoires sont ici vendues pour se remettre (par avance  !) de la catastrophe imminente. La critique radicale du militantisme n’épargne pas, par exemple, au révolutionnaire que lui soient assignées des «  tâches  », ON est anti-autoritaire mais ON construit le Parti, anti-programmatiste avec un programme, et l’alternative, appelée «  la communisation des savoirs de ceux qui s’organisent  », cohabite avec son refus, puisqu’il s’agit avant tout de libérer du temps et de l’espace pour la confrontation révolutionnaire… Il y en a vraiment pour tout le monde  !
Les bases du recrutement sont plus qu’ouvertes puisque quiconque accepte de passer par cette porte fera parti de «  ceux qui en sont  ». Le teasing est dans la forme  : ouvertement diffusée sous le manteau, cette publication n’est rejoignable que de manière fictivement mystérieuse et des tas de moyens publicitaires bien de ce monde assurent que tous ceux qui le veulent puissent rejoindre le saint-Parti par un achat, ou plutôt gratuitement puisque la manne céleste a pourvu à son impression à des milliers d’exemplaires.

On est aussi rassuré par l’engagement impliqué par le fait de répondre à l’Appel, puisque «  font lutte  » des aspects existentiels finalement faciles à appliquer au quotidien, qui peuvent même ne rien changer au quotidien d’ailleurs, puisqu’il s’agit essentiellement de faire regarder la normalité autrement. C’est une sorte de proposition d’auto persuasion, une «  méthode Coué  »  : ON continue à gérer ses affects, ses amitiés et sa carrières mais ON le fait sans «  se donner intégralement au pouvoir  » (la porte est ouverte à tous les compromis). Boire des coup avec ses potes, c’est maintenant faire sécession avec ses amis, entendus comme complices imaginaires d’une société secrète digne des fantasmes les plus excitants. Ces propositions tiennent en réalité du coaching, de la gestion de soi et du développement personnel, de tout ce qui permet à chacun de survivre, avec et dans ce monde, dans l’illusion que tout a changé. Pimp ta forme de vie avec l’Appel. Le Yoga trouve enfin concurrent à sa taille. Les lecteurs ont, à portée de main, la satisfaction de devenir, en un coup de baguette magique et sans aucun échauffement, de petits révolutionnaires en puissance alors que le reste du monde se compose de créatures abruties et vendues corps et âmes au capitalisme, à l’Empire et à Dark Vador. Satisfaisant, et peu coûteux, pour sûr.

Ce faisant, le narrateur qui se construit au fil des pages, celui qui «  se souvient du mouvement ouvrier  », s’institue comme «  tête pensante  » et prescripteur d’un mouvement révolutionnaire déjà formé par les mots. Il propose la direction et assure la possibilité de la communauté qui sauve du désastre. Les questions annexes au demeurant relativement banales que la lecture du texte pourrait ouvrir, comme l’oubli du sensible, la séparation, l’apathie révolutionnaire depuis 68, etc. sont d’emblée faussées par cette position auto-instituée, sans rapport aucun avec la réalité de ce qui est. ON se trouve donc entre la révélation mystique, le caprice puéril et le délire psychotique (qui ne sont pas bien différents en terme de manifestation), discursivement coupés du monde et déjà installés ailleurs, et forcément, une fois que la porte s’est refermée derrière nous, on s’y sent mieux.

Si l’on cherche des indices de réalité de ce qui est concrètement promis, une fois débarrassé de la rhétorique de l’enchantement, c’est pas très nouveau et pas vraiment terrible  : dans la communauté qu’on rejoint, l’enracinement territorial (peupler le désert en le colonisant) et moral (retrouver les bonnes vieilles sagesses populaires perdues à cause de ce monde capitaliste froid et méchant, comme les savoirs ancestraux et la médication par les plantes). En dehors de la communauté, c’est retrouver du lien social (toutes les associations de voisins ou de quartiers le promettent déjà…), par exemple par l’épicerie à domicile dans les campagnes, et puis ailleurs, surtout dans les métropoles, c’est la politique hissée au niveau d’un Être-au-monde identitaire, à partir du moment où la construction d’«  alliances  » avec le cœur du pouvoir (et en particulier dans le passage extrêmement cynique sur la science) est validée.

Finalement, vingt ans plus tard, c’est toujours de la merde, et de plus en plus normale et intégrée. Hors du Verbe (qui, rassurons nous, continue à se déployer en dépit du réel selon les mêmes logiques), la réalité existe, et c’est pas beau à voir. Plus que tout le reste, ce qui va être déterminant dans le passage au réel, et ce qui va faire la cohérence d’ensemble d’une démarche qui ne manque pas d’aspects contradictoires, c’est ce présupposé de départ qu’il y a les blooms et «  les autres  », que, contrairement à ce que pense Pascal (et qui change tout) «  nous ne sommes pas embarqués  », tous autant que nous sommes, mais qu’il y a d’avance «  nous  » et «  les autres  », doublé du fait que passer «  des autres  » à «  nous  » s’obtient par simple adhésion-séduction, lors de la réception de la parole révélée dans ce texte (et d’autres). A partir de ce postulat de départ, toutes les saloperies théoriques et pratiques sont possibles, comme le montre la publication du texte véritablement ignoble La Guerre véritable sur l’organe de presse du Parti Imaginaire, «  Lundi matin  », quelques temps après les attentats du 13 novembre à Paris [9]. Ceux qui n’ont pas répondu à l’Appel étaient en terrasse, tant pis pour eux, ils méritaient un châtiment existentiel, anecdotiquement réalisé par les kalachnikovs de fous de Dieu.

La réalité, c’est ce qui se passe depuis la diffusion de ce texte  : des «  communautés  » effectivement installées ici et là qui peaufinent l’alternative commerciale à l’intérieur, la propagande du Parti et les alliances tous azimuts à l’extérieur, un enfermement sectaire des premiers cercles qui produit de nombreux drames humains, des pratiques léninistes pour s’imposer à moindre coût partout où ça peut rapporter, un opportunisme à toute épreuve et à tout va, le couronnement de ces pratiques à Notre dame des Landes, avec le versant public que l’on connaît (prise de pouvoir sur les assemblées, négociations avec l’État et contribution à faire régner l’ordre réclamé en échange des miettes obtenues), et le versant moins public que l’on connaît aussi (barbouzeries ignobles pour ceux qui ne rentrent pas dans le rang et le timing de la négociation avec l’État), etc., la diffusion de «  formes de vie  » qui savent donner à la connivence des allures de radicalité, en particulier sur le rapport à la répression judiciaire où la connivence et l’innocentisme sont théorisés et diffusés, y compris quand ils mettent en danger et envoient en prison la frange la plus aventureuse (et souvent la plus jeune, la plus manipulée et la moins expérimentée) du Parti, la radicalité se tenant sans doute dans une focalisation spectaculaire sur la confrontation immédiate avec la police, à laquelle ON oppose, certainement pour en finir avec Bakounine, la destruction.

Une fois le livre refermé, le reste, c’est de la politique. Et là, rien de nouveau sous le soleil.

Un groupe de lecture impossible.

[Cette brochure est une coédition entre le groupe de lecture de la bibliothèque révolutionnaire Les Fleurs Arctiques (Paris) et Ravage Editions, éditeur anarchiste de livres et brochures à Paris.]


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[1Extrait de l’annonce du groupe de lecture sur l’Appel aux Fleurs Arctiques dans le programme de juin 2018, texte complet à lire ici.

[2Ibid.

[3Ibid.

[4Voir les divers textes qui décrivent, analysent et dénoncent ces pratiques inqualifiables, par exemple la Prise de position de la legal team sur les actions de milice à la ZAD ou les brochures Zadissidences 1, 2 et 3.

[5Rappelons encore ces mots  : «  Nous ne prendrons pas la peine de démontrer, d’argumenter, de convaincre. Nous irons à l’évidence. L’évidence n’est pas d’abord affaire de logique, de raisonnement. Elle est du côté du sensible, du côté des mondes. Chaque monde a ses évidences  ».

[iPremières mesure révolutionnaires, publié en 2013 à la Fabrique et signé par Eric Hazan et Kamo. Dans ce livre on apprend quel est «  le plan  » qui rendra la révolution «  irréversible  », en l’occurrence une série de mesures gestionnaires mégalomanes dignes du pire bolchevisme de gouvernement, qui donnent forme au monde de demain, dont ON précise quand même avec mansuétude qu’elles seront amendables par la force qui réalisera le plan en question.

[6Sans doute entre autres cette «  petite bourgeoisie cognitivo-communicationnelle  » dont un texte comme La Guerre véritable comprend qu’elle ait été fusillée par Daesh le 13 novembre 2015 à Paris (voir plus bas).

[7«  Mardi 20 mars dernier, 5 personnes cagoulées, armées de battes de baseball et de gazeuses ont fait une incursion dans un squat sur la ZAD. Ils ont tabassé les personnes sur place pour embarquer une personne, mains et jambes ligotées, scotch sur les yeux et la bouche. Ils mettent la personne dans un coffre de voiture et repartent aussitôt. Plus loin ils la tabassent encore et lui cassent une jambe et un bras, pour finalement l’abandonner à coté d’un hôpital psychiatrique.  » Prise de position de la legal team sur les actions de milice à la ZAD, voir note 4.

[8Légende grandiloquente qualifiant fièrement dans Tiqqun n°1 la photo d’une pauvre banderole tenue par quelques personnes probablement très deters et loyales au grand NOUS (et surtout pas là pour des loisirs aussi bloomesques que le bain de mer) sur la plage d’Arcachon, sur laquelle on pouvait lire «  Vous allez tous mourir et vos pauvres vacances n’y peuvent rien  ».

[9On pourra en lire une critique (plus que nécessaire)  : Avariances et dix verdissements.